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 histoire, avec un "Ash"

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Ash
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Masculin Nombre de messages: 88
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Loisirs: Tester des vents qui piquent
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MessageSujet: histoire, avec un "Ash"   Ven 28 Mar - 12:45

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- "Comprends-moi bien, Johnny, c'est pas le genre de proposition qu'un gamin dans ton genre peut se permettre de refuser....en tout cas pas deux fois."

Le regard lourd et porçin du "tuteur" (puisque c'est ainsi qu'on surnommait les matons de cette prison qu'était le 27ème Centre de Revalorisation des Délinquants), s'arrêta sur le visage du jeune adulte qui se tenait debout devant son bureau sale. Il n'avait plus vraiment besoin de le détailler, tant il avait l'habitude de ce regard lointain et de cette silouhette massive et immobile.

Il ne sourcilla même pas lorsque la réponse jaillit, précise et percutante comme un coup de boule :

- "Moi, je ne m'appelle pas Johnny, je ne suis pas un gamin, et toi tu es un gros tas de merde."

Un profond soupir secoua la masse graisseuse du bureaucrate qui entama une fois de plus la lecture de la fiche qu'il tenait devant lui :

- "Nom : aucun, prénom : Johnny, Age : environ 22 ans, nationalité : aucune, situation de famille : Orphelin"
- "Antécédents : errance, vandalisme, vol, recel.... Intégré au CRD 27 depuis 8 ans. Refuse toute affectation ou travail d'utilité publique."

- "Tu veux que je continue et que je te fasse le détail ? Ou tu vas me dire que ce n'est pas non plus ta misérable existence qui est résumée là ?"

Un léger rictus orna le visage du jeune homme, son mélange à lui de dédain et de cynisme qu'il avait bossé face aux autres paumés du Centre, puis il répliqua :

-"Johnny", cracha-t-il, "c'est le foutu nom qu'on m'a donné en arrivant ici". "J'y répondrais peut-être le jour où je voudrais finir comme toi, une larve mort vivante.
En attendant, si ça te frise de l'utiliser, libre à toi. Pour le reste, ça me parait correct. Ils ont juste oublié d'écrire "Est persuadé qu'il aura un jour la possibilité d'écraser son poing sur la face de pet qui lui sert de garde-chiourme", mais je l'ajouterais moi-même un jour..."

- "Oui, oui, Johnny, certainement. Cela servira certainement à faire de toi un vrai dur, comme tu le crois. Mais je pense que ça permettra surtout à "la face de pet" d'accélérer ton exclusion du CRD, avec comme destination unique et finale le pénitencier d'état."

Malgré sa morgue, le mal-nommé Johnny ne put réprimer sa surprise, instantanemment suivi d'une colère explosive :

-" T'as rien derrière pour m'envoyer là-bas, gros tas ! rugit-il. J'ai jamais commis de délits majeurs, et j'ai fait profil bas ici depuis huit ans ! Même si t'en rêves la nuit à en mouiller tes draps graisseux, t'as pas les moyens de m'envoyer au brisard !"

Cette fois, le regard se fit chafouin et malveillant lorsque le tuteur prit la parole.

-" Moi non", lâcha le fonctionnaire, "Mais les gars de la Firme qui sont venus ici pour embaucher _ allez savoir pourquoi ! _ des parasites dans ton genre, eux ils peuvent t'envoyer dans le trou le plus puant de cette Terre avec en plus la marque rouge de leurs bottes imprimée sur ton cul ! "

- " Tu le sais bien que tu n'as pas le choix, J.o.h.n.n.y !" insista-t-il. "Ils t'ont laissé une deuxième chance, c'est déjà inespéré. Peut-être parce que tu as l'air solide, ou parce qu'ils ont aimé ton p'tit cul, j'en sais rien et je m'en contre-fous. La seule chose qui est certaine, c'est que ton choix est réduit à décider quel Enfer tu veux goûter...celui de la Terre, qui a fait ses preuves, ou celui de Mars, qui te réserve peut-être un avenir qui sent moins la matraque en plastacier ou simplement le sapin. Y a rien d'autre ici pour toi, gamin !"

Le silence se fit dans le bureau sordide. Malgré sa hargne, le jeune homme ne trouva rien à dire. Il savait déjà que cet infâme porc avait raison.

Là où il voulait l'envoyer, le "brisard", était le pire endroit sur terre, même pour un gars désabusé comme lui. On y envoyait normalement que les derniers des pourris, mais pas toujours, les "passe-droits" étaient légion; comme les matons corrompus et violents qu'on y croisait. Il regretterait le CRD.

Mais c'était pas la trouille....enfin pas seulement. C'était Mars. On en savait pas grand chose autour de lui, sauf que tous les ans, les encostardés de la T.E.M. venaient "faire leur marché" dans les prisons de petits délinquants, et désignaient certains d'entre eux comme on choisit des cailles sur l'étal d'un marchand de barbaque. C'était la première fois qu'il était choisi, trop jeune avant certainement, trop plein d'espoir encore, peut-être.

Parce que ce que l'on savait, ou croyait savoir, c'est que pour aller sur Mars, il fallait s'être débarassé du fardeau de l'espoir, pour ne garder que le principal : la rage, la gnaque, l'envie d'aller "creuser", son trou ou sa tombe, mais au moins tout n'était pas écrit d'avance.

Une caille avec un vague plan de carrière.

Et finalement, orphelin terrien puis orphelin martien...une foutue promotion, non ?

Perdu dans ses réflexions, "Johnny" fut soudainement surpris de voir que la pièce exiguë contenait un troisième acteur.

- "L'archétype de l'agent des services secrets" pensa-t-il en observant le nouveau venu.

Ce dernier arborait effectivement l'apparence froide et glaciale d'un agent privé.
Costard sombre et certainement onéreux, coiffure minimaliste, visage émacié et aussi souriant qu'un tonfa de maton. Un emblème métallique légèrement scintillant de la T.E.M. ornait le revers de la veste impeccable.

- "Ou l'archétype du vigile un brin mytho dans un supermarché de troisième zone" ne put s'empecher de penser "Johnny".

Le gros fonctionnaire prit la parole d'une voix que la crainte, la veulerie ou l'excès de zèle _
ou les 3 à la fois_ avaient émaillé de notes parfois trop appuyées.

- "Je vous souhaite à nouveau la bienvenue au CRD 27, monsieur. Veuillez vous installer ici, nous pourrons commencer l'entrevue quand vous le désir.."

- "Je désire surtout que vous me laissiez seul à seul avec ce jeune homme", coupa l'encostardé sans un regard.

- "Herr... vous savez bien que je dois être présent pendant.."

- "Utilisez votre zèle à bon escient, et sortez. Immédiatemment."

Ce qu'il fit, sans même oser émettre la moindre protestation, ni faire claquer la porte.
Le silence dura quelques instants, pendant lesquels le délinquant scruta l'officiel, et l'officiel le délinquant. Enfin, le représentant de la firme abandonna son air et son ton sévères pour s'adresser à son interlocuteur avec une certaine sympathie.

- "J'ignore comment tu as résisté jusqu'ici à l'envie d'envoyer ce poussah au tapis pour le compte, mais c'est un bon point. Tu connais la discipline, suffisamment au moins pour éviter de l'oublier lorsque tes intérêts sont en jeu."
- "Je vais être bref, jeune homme. C'est la seconde fois que je me déplace pour toi, avec exactement la même proposition. Tu la refuses à nouveau, et tu ne me verras plus, ni quiconque de la Firme. Dois-je t'en remettre une couche ? "

- "C'est pas comme si j'avais le choix, n'est-ce pas ?" interrogea "Johnny".

- "Au contraire, tu as tous les choix. Sur Mars, tu pourras choisir ta destinée. Après quelques mois de formation nécessaire pour que tu apprennes les bases de la vie Martienne et du travail de Terraformeur, tu seras largué là-haut, tout seul, à la tête de ta propre concession.

Tu seras le seul maitre à bord, du moment que le travail avance. Tu pourras t'y faire des connaissances, des ennemis teigneux, des amis ivrognes ou des femmes faciles. Certains même se marient et fondent une famille.

Considère Mars comme un terrain de jeu gigantesque, aussi dangereux qu'une cour d'école où les élèves se mettent sur la gueule à coup de tronçonneuses, mais avec toute les libertés que tu voudras t'accorder.

"Et surtout, réflechis à se que tu pourras y regagner", ajouta le représentant avec un regard appuyé.

- "Vous parlez de ma virginité, m'ssieur ?" ironisa le jeune délinquant en replaçant son rictus.

- "Je parle de ton honneur", répliqua sèchement l'adulte.

-"Ce truc bizarre qui t'empeche de t'avilir, qui fait que tu te rebelles devant la corruption puante d'un fonctionnaire gras, et que tu restes debout quand d'autres se demandent quelle position adoptée pour se faire le moins mal aux genoux, ou ailleurs..."

-"Ici, tôt ou tard, tu perdras le peu de respect de toi qu'il te reste, et le reste avec. Comprends moi bien : Sur Mars, on te tiendra pas le manche... mais on te donnera la possibilité de décider de rester debout."

Pourquoi donc ce discours mettait Johnny en confiance ? Bagou de commercial au babillage bien rodé ? Que gagnerait la Firme a engagé des frais pour envoyer des tocards aussi loin ? Qu'avait-il en lui de particulier qui justifiait cet entretien ?

"Peut-être que t'as juste la trouille d'avoir de la chance pour une fois" pensa-t-il.

Tellement plus facile de se vautrer dans le désespoir comme un goret se vautre dans sa fange, de s'inventer des excuses et de retourner se faire tabasser par des pourris en se disant qu'on peut pas lutter.

"Pas cette fois" décida-t-il en tendant la main vers l'encostardé face à lui, et en lui lançant :

- "Y a un truc à signer, je suppose ?"

- "Effectivement, jeune homme, répondit l'officiel en sortant une feuille simple de sa veste.

- "Mais avant ça, je dois connaitre ton nom. Tu ne vas quand même pas dessiné une croix, non ?" ajouta-t-il en étalant la feuille sur le bureau, son doigt pointé vers la minuscule zone blanche cernée par des dizaines de lignes imprimées noires, espace aussi réduit qu'une cellule réservée à la signature. Sa deuxième main tendait un stylo métallique estampillé "T.E.M.".

- "J'aurais juste une seule requête", tenta "Johnny" en fixant son interlocuteur, "et ensuite je quitte cette foutue planète avec vous."

- "Demande toujours. Tout ce que tu risques si ça me défrise, c'est de commencer ton boulot là-bas avec du matos d'occase..."

- "Laissez-moi 5 minutes avec le gros tas, seul."

La réponse tomba sans le moindre délai :

- "Accordé."

Le jeune homme pris le stylo et griffona immédiatement quelquechose à l'emplacement désigné, sans même lire le reste de la page.

-"Ash", lut à voix haute le représentant. C'est tout ? Tu l'as choisi toi-même, je suppose. Je sais que tu ne t'appelles pas Johnny, et j'ai évité d'utiliser ce prénom. Mais pourquoi ce choix ?

Le rictus s'afficha à nouveau sur le visage de Ash lorsqu'il répondit, mais cette fois le regard était moins grave. Son choix était fait, et ce simple constat avait visiblement allégé ses épaules des tonnes de doute qu'il y avait accumulé. "Des cendres...", tout ce qu'il resterait de sa vie sur Terre.

- "H", c'est un bon début pour "Honneur", non ?


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